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LE POINT SUR L’ETHOLOGIE

Par Maria Franchini

Depuis que de nouvelles tendances ont fait leur apparition dans le monde hippique, le mot “ éthologie ” revient quasi systématiquement dans n’importe quel contexte.
Cheval Magazine vole au secours des éthologues pour mettre un peu d’ordre dans les idées.


L’éthologie est une science à part entière qui ne se résume pas à la mère observation des animaux. Aujourd’hui, on a tendance à appeler éthologues tous ceux qui inventent des méthodes “ douces ” de dressage. C’est tout comme si on appelait mathématiciens tous ceux qui savent compter !
Rappelons que les deux inventeurs de cette discipline, Konrad Lorenz et Thomas Timbergen, obtinrent le prix Nobel de physiologie et médecine en 1973. Le premier était un zoologiste émérite, le deuxième un éminent biologiste.
L’éthologie est, en effet, un doctorat entreprit principalement par des diplômés en zoologie, mais également en biologie et psychologie.
La diversité des scientifiques qui s’intéressent à cette nouvelle discipline s’explique par le fait que l’étude du comportement animal a, depuis toujours, attiré tous les penseurs qui cherchaient à en savoir plus sur l’homme ou sur la vie en général.

En fait, l’éthologie est l’aboutissement de théories philosophiques qui sont aussi anciennes que l’histoire de l’humanité.
Nous verrons que ces idées sont simples et claires, même si, parfois leurs définitions peuvent décourager les non-spécialistes.

Des hauts et des bas
Le regard de l’homme sur l’animal a subi l’influence directe de la religion et de la philosophie. Il a donc souvent changé au fil des époques.
A l’aube de la civilisation, l’homo sapiens sapiens (1), dessine, grave, sculpte les animaux  à foison. Il apparaît donc clairement que l’homme préhistorique attachait une importance primordiale aux animaux, dont l’aspect cultuel n’est pas à exclure.

Puis, l’homme commence à manipuler son environnement, le rendant de plus en plus complexe. Sa pensée devient sophistiquée et l’amène à se sentir au centre de l’univers (anthropocentrisme). Le fossé se creuse entre l’homme et l’animal. Ce dernier ne parle pas, n’évolue pas de la même façon. Il est donc taxé d’infériorité.
Pourtant l’homme est intrigué par ces créatures qui, malgré tout, semblent avoir des similitudes et donc un lien avec lui. Des théories voient le jour pour expliquer ce lien.

Est-ce un hasard si les latins firent dériver le mot animal de anima qui veut dire âme ?
Les Romains, - qui subirent l’influence des Grecs -, durent certainement s’inspirer de l’idée d’Aristote (384-322 avant  J.C.) qui attribuait un telos, une âme ou une essence à chaque être vivant, ainsi qu’une intelligence.
Platon (428-347 a. J.C.) soutenait déjà que toutes les choses et les êtres étaient liés les unes aux autres. Son élève Aristote, imagina alors une “ chaîne des êtres ”, qui suivait un ordre strictement hiérarchique. L’homme était, bien évidemment le deuxième maillon, juste après la divinité. Il était suivi par la femme, puis venaient les esclaves et ensuite les différents animaux.
Les penseurs qui se succédèrent reprirent cette idée qui est, d’ailleurs, encore d’actualité pour certains.
Certes, l’ordre hiérarchique aristotélicien a été modifié au cours de l’histoire. Par exemple, au départ, les animaux supérieurs étaient ceux dont la progéniture était autonome dès la naissance. Le cheval était donc supérieur au chien et même au singe. Plus tard, les critères changèrent en faveur de la ressemblance avec l’homme. Les primates se retrouvèrent ainsi en haut de l’échelle.

Les machines vivantes
Au XVII siècle, les idées de René Descartes (1596-1650) devaient avoir un succès immédiat qui perdure encore de nos jours.
En réalité, la postérité ne retint de lui que quelques fragments de sa philosophie, notamment ceux qui  simplifiaient la vie à l’homme.
Pour être très concis, l’idée fondamentale de Descartes était que l’on ne pouvait pas prouver matériellement qu’un autre que soi-même pensait. Seul le corps, bien visible et tangible, pouvait être compris. Alors, bien que pour Descartes l’affaire ne fût pas si simple, on pensa qu’il fallait séparer distinctement le corps/matière de l’esprit/âme (à l’époque on faisait l’amalgame entre émotions, pensée, esprit et âme).
Cette idée débarrassa l’homme de tout scrupule à l’égard des animaux qui, - Inquisition oblige -, ne pouvaient pas (et ne devaient pas) avoir d’âme. Par conséquent, un corps sans âme ne pouvait pas souffrir. Alors, le cri de douleur d’un animal n’était qu’un simple réflexe mécanique.
Cet extrait réducteur de la philosophie cartésienne - qui se résumant à la distinction catégorique entre la matière et l’esprit - eut des effets plus ou moins néfastes dans tous les domaines (ex. la négation de la souffrance psychique même chez l’homme).
L’enthousiasme que suscita cette théorie occulta tous ses opposants, y compris les plus illustres comme Voltaire et Montaigne.
Depuis cette époque, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, mais l’idée de comparer les animaux à l’homme (anthropomorphisme), demeure encore un blasphème pour certains scientifiques.

Darwin, le bout du tunnel
Au XIX siècle, Charles Darwin (1809-1882) avec sa théorie sur l’évolution des espèces joua un rôle déterminant dans l’histoire de la relation homme/animal.
Dix ans avant de mourir, il publia un ouvrage (“ The Expression of the Emotions in Men and Animals ), dans lequel il affirmait que les émotions évoluaient tout comme le corps et que, donc, tous les mammifères avaient forcément des points en commun, et physiques et mentaux. Et l’homme est un mammifère !
Il lança ainsi un grand un pavé dans la mare.
A partir de là, on se mit à vouloir comprendre ce qui se passait dans la tête des animaux.
De tous les scientifiques qui adhérèrent à ses thèses progressistes, nous citons Sir John Lubbock (1834-1913), car il peut être considéré un des précurseurs de l’éthologie moderne. “ Je pense ” déclarait Lubbock “ que l’on ne croit pas à l’intelligence des animaux, car l’on essaye toujours de leur transmettre nos idées, au lieu de parvenir à mettre au point un code pour qu’ils nous communiquent les leurs ”. Sir John avait cerné le cœur du problème un siècle à l’avance.

La science baisse les bras devant la difficulté
Dans la période à cheval entre le XIX et le XX siècle on assista à un véritable essor de la recherche sur la compréhension de l’activité mentale en général.
De nouveaux courants philosophiques virent le jour pour essayer de cerner le mystère des sensations et de la perception, deux phénomènes qui débouchent sur la connaissance du monde.
Sigmund Freud (1856-1939), l’inventeur de la psychanalyse, - dans sa tentative de comprendre les processus mentaux qui aboutissent à certains comportements chez  l’humain -, eut incontestablement sa part dans la recherche sur le comportement des animaux. Sa thèse selon laquelle l’expérience vécue marquait de façon indélébile la vie d’un individu, rejoignait la future théorie de l’imprégnation de Konrad Lorenz.

Cependant, plus on cherchait et plus on découvrait l’impénétrabilité de la perception chez l’autre. Alors, on finit par en conclure que ce phénomène mental était totalement subjectif. Il était donc inutile d’essayer de le définir, à fortiori chez l’animal dépourvu de langage verbal.
Cette frustration donna naissance au béhaviorisme.
Pour les béhavioristes, seuls les comportements fixes constatés pouvaient servir à comprendre une espèce.
Toute la recherche animale, surtout aux Etats Unis, fut donc basée sur ce principe qui était, dans un sens, un “ dépoussiérage ” de l’idée de Descartes.
L’individu était considéré, à sa naissance, comme une feuille blanche où s’inscrivaient des comportements acquis par l’apprentissage. Mais, cet apprentissage, chez l’animal, était soumis à un système robotisé de conditionnement, où aucune forme de pensée n’intervenait. Ce fut alors la triste époque des tests sur le Q.I., de la boîte de Skinner (2) et des expériences sur les réflexes conditionnés de Pavlov et de tant d’autres.

Mais déjà des voix s’insurgeaient contre cette théorie, qui ressemblait pêle-mêle à une reddition. Le philosophe français Maurice Merleau-Ponty (1908-1961), par exemple, affirmait que l’on ne pouvait pas renoncer à sonder l’esprit de l’autre, sous prétexte que la tâche était trop difficile.
Il était, en fait, possible d’imaginer comment l’autre percevait le monde, puisque nous avons tous forcément des points en communs et partageons également  certaines expériences.
Par exemple, si nous avons fait l’expérience d’avoir faim et que nous savons que l’autre (homme ou animal) a un estomac comme nous, nous pouvons imaginer ce qu’il peut ressentir s’il n’a pas mangé depuis deux jours.
Cette idée devait être reprise par les éthologues avant-gardistes des années 80.

Naissance et évolution de l’éthologie
La démarche béhavioriste était lacunaire, puisqu’elle n’expliquait pas pourquoi et comment un comportement avait lieu.
Ce fut alors la naissance de l’éthologie grâce à K. Lorenz et N. Timbergen.
Au départ, cette discipline étudiait l’éthos d’une espèce, c’est à dire sa nature, dans le sens des particularités comportementales (ex. :agressif, pacifique, intelligent, peu intelligent, etc.). Celles-ci étaient considérées comme des caractéristiques immuables, telles que les ailes chez les oiseaux. Cette rigidité comportementale était donc d’ordre génétique, ce qui excluait l’utilité de l’apprentissage.
Ainsi, Konrad Lorenz “ mécanisait ” d’une autre manière l’animal, l’enfermant dans le processus irréversible de l’imprégnation et de l’instinct.

Mais, l’éthologie a depuis lors subi une évolution considérable. En effet, l’observation des animaux dans leur milieu naturel a démontré qu’il n’était pas possible de schématiser le comportement d’un être vivant.
Les toutes nouvelles sciences cognitives, - dont un pôle très important est occupé par la recherche sur l’intelligence artificielle -,  ont ouvert des horizons beaucoup plus vastes dans l’étude de l’esprit, permettant une plus grande souplesse dans la recherche.
C’est alors que l’on assista à un véritable saut de qualité dans l’expérimentation animale.
On commença par abandonner les concepts rigides liés aux testes de QI ou, du moins, on les modifia, les adaptant à la nouvelle conception de l’intelligence qui désormais fut appelée cognition.  Sa définition, jadis basée exclusivement sur des capacités préétablies, tenait désormais compte du fait que d’autres formes d’intelligence étaient possibles.
La toute dernière définition, appartenant aux théories connexionistes (3), est la plus simple, à savoir  : “ l’individu montre ses capacités cognitives à chaque fois qu’il trouve une solution adéquate pour une tâche donnée ”. Or, cette tâche peut aussi bien être la recherche de nourriture.

Les vieilles théories sur les réflexes conditionnées ou sur l’instinct sont supplantées par les expériences les plus modernes.
Par exemple, on a découvert que même des réactions primaires - telles que celles de l’œil à certains stimuli visuels -, ne demeurent fixes que si l’animal est anesthésié ou se trouve dans un environnement très simplifié. En cas contraire, les réactions sont fortement sensibles au contexte. (expériences menées par G. Horn et R. Hill en 1974)

L’éthologie cognitive
Cette nouvelle discipline voit donc le jour dans les années 80. Son fondateur s’appelle Donald R. Griffin, professeur d’éthologie aux Universités de Harvard, Cornell et Rockfeller aux U.S.A.
Dans les années 60, lorsqu’il publia son premier ouvrage “ Listening in the dark ” (Ecouter dans l’obscurité), il souleva un premier tollé parmi ses collègues. En 1981, il se fit huer avec son deuxième livre “ The question of Animal Awareness ” (la question de la conscience chez les animaux). Aujourd’hui, de plus en plus de philosophes, psychologues, éthologues et neurophysiologistes se joignent à son mouvement, persuadés par leurs propres expériences, qu’il est actuellement difficile d’affirmer que la vie mentale est un apanage exclusif de l’espèce humaine.

Les expériences ont pris, en effet, une autre tournure. Elles veulent découvrir ce que veut dire d’être un pigeon, un cheval ou un serpent. C’est en fait le retour à l’ancienne théorie du telos d’Aristote.
On cesse de considérer les animaux comme des formes simplifiées de l'être humain. Et on veut savoir ce qu’ils ont à nous dire.
Ainsi, dans les quatre coins du monde, il y a maintenant des scientifiques qui, s’appuyant sur les théories de Darwin, Merlau-Ponty et Griffin (entres autres) accumulent des preuves sur la vie mentale des animaux, en étudiant ces derniers principalement dans leur habitat ou dans un environnement qui ne soit pas frustrant et déprimant.
Marthe Kiley-Worthington, spécialiste des grands mammifères, a adhéré depuis fort longtemps à cette science de pointe. Elle est la seule au monde connue pour ses expériences et publications systématiques sur les chevaux, dans le domaine de la vie cognitive.



Encadré

L’ambiguïté de la pensée humaine
L’être humain a toujours fait preuve d’une grande ambiguïté quant à sa relation avec les animaux. Dans la préhistoire, il les tuait pour les manger ou pour les sacrifier, mais en même temps, il les idolâtrait.
Plus tard, au même moment où l’on déclarait que les animaux étaient des mécanismes vivants, on n’hésitait pas à leur faire des procès pour sorcellerie et à les condamner au bûcher.
De nos jours, on donne pour acquis que, physiologiquement, l’homme a beaucoup de points en commun avec les autres mammifères, puisqu’on utilise ces derniers pour les expériences médicales. Parallèlement, on enseigne dans les universités la théorie darwinienne sur la continuité de l’évolution, tout en affirmant catégoriquement que seul l’homme pense.
En psychologie cette attitude double est appelée “ schizophrénie ”.

1)    Homo sapiens sapiens humain ayant déjà l’aspect de l’homme moderne (Cro-Magnon etc.). Son apparition remonterait à env. 80.000 ans avant notre ère. L’art figuratif (peintures, sculptures, gravures) apparaît à partir de 35.000 ans avant notre ère.

2) Skinner psychologue né en 1904, inventeur d’une méthode pour cerner les mécanismes d’apprentissage des animaux. Il avait mis au point une boîte dans laquelle les animaux affamés (rats, pigeons ou chats) privés de tout stimulus extérieur, devaient actionner des leviers pour obtenir de la nourriture ou pour sortir de leur prison.

3) le connexionisme conçoit le cerveau comme un système global qui fonctionne avec une multitude de réseaux qui sont connectés entre eux et qui interagissent en permanence.
Ce concept d’un ensemble d’éléments interagissants ne concerne plus seulement les systèmes neuronaux, mais il peut s’appliquer à tous les phénomènes naturels et cognitifs.


Sources :   
M. K-Worthington et M. Franchini - Le Cheval, l’Eléphant et l’Homme -     Zulma – à paraître mars 2002
D.R. Griffin – Animal Mind – Chicago Press - 1994
D. K. Candland - Clever Animals and Wild Children – Oxford University Press  1993
    F. Varela, E. Thompson, E. Rosch – L’Inscription Corporelle de l’Esprit – Sciences Cognitives et Expérience Humaine – Seuil - 1993

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