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Equitazione Sentimentale

 

"Un point sur l’évolution du mors dans la première moitié du XVIIIe siècle."  Patrice Franchet d'Esperey

Jeter un regard sur le harnachement de la première moitié du XVIIIe siècle n’est pas chose trop difficile. Il semble que les écuyers aient pratiquement tous utilisé le même « habillement du cheval » dont on trouve une description détaillée dans Le Nouveau Parfait Maréchal de 1741 de François de Garsault. Capitaine des Haras, il fut le premier directeur du haras du Pin. Cette description en quatre chapitres, illustrée de nombreuses planches hors texte de l’auteur, prend une cinquantaine de pages et traite de l’embouchure, des caveçons, licols, lunettes et en particulier des selles et de leur construction. Notre propos sera orienté non pas sur une nomenclature des pièces du harnachement du cheval de selle mais plutôt sur l’évolution dont l’œuvre de La Guérinière marque une importante étape. Il nous faut remonter au XVIe siècle et exposer ce que l’équitation italienne nous avait légué et vérifier ce que nous en avons fait au cours de l’évolution de nos pratiques.

La particularité de l’équitation européenne élaborée en Italie et décrite à partir de Grisone réside dans ce que nous appelons aujourd’hui une « restructuration posturale » du cheval. Elle repose sur deux éléments, le ramener et le rassembler qui semblent globalement associés. Le terme italien aggrupari que traduisent s’amasser, s’amonceler, donne bien l’idée d’un empilage, celui des masses au dessus des appuis. Cet empilage se manifeste à deux niveaux, d’une part il concerne le reflux du bras de levier tête-encolure au dessus des appuis antérieurs et d’autre part l’avancée des postérieurs qui sont ainsi amenés à prendre en charge une plus grande partie de la masse du corps du cheval. La Guérinière ne dit-il pas à propos du demi-arrêt : « Par cette aide on lui ramène et on lui soutient le devant, on l’oblige par conséquent en même temps à baisser les hanches. »

Lorsque les chevaux ne possédaient pas une morphologie favorable à l’acquisition et au maintien de cette posture, certains écuyers de cette époque pensaient qu’il était possible d’y remédier par la forme du mors. C’est ainsi que la bride se devait d’être ajustée non-seulement à la forme et à la taille de la bouche, de la langue, des gencives, de l’auge des lèvres, des mâchoire et du menton, mais en plus « à la bonne vouture et autre façon du col du cheval ». Il s’en suivait une variété assez impressionnante de formes des différentes partie du mors que l’on peut admirer sur les planches des livres de Grisone et de Fiaschi. Avec Pignatelli, disciple de ces deux écuyers, apparaît l’idée qu’il faut utiliser le mors le plus simple, le même avec tous les chevaux, et surtout qu’il ne s’agit pas d’obtenir une attitude donnée en employant des moyens de contrainte physique. C’est par Salomon de La Broue dans ses Préceptes du Cavalerice françois, (1ère édition 1594) que nous en avons le détail :

"Je dirai sur ce propos que plusieurs anciens, ou peu savants en cet art , ont souvent blâmé ce grand et suffisant personnage le sieur Jean Baptiste Pignatel, de ce qu'il ne s'est pas adonné à la diversité des brides et des caveçons, et quasi ont voulu qu'on pensa que les effets lui en étaient inconnus. Et au contraire c'est ce qui m'a fait autrefois admirer son savoir, et qui m'a plus occasionné de le rechercher et servir, me proposant en moi-même que, puisqu'il rendait les chevaux si obéissant, et maniant si justement et de si beaux airs, qu'on les a vus à son école, sans toutefois se servir communément d'autres mors, que d'un canon ordinaire, avec le caveçon commun, ses règles et son expérience devaient avoir beaucoup plus d'effet, que la façon de faire de tous ceux, qui se travaillent tant à l'artifice, d'une infinité de brides, et de quelques secrets particuliers le plus souvent inutiles, à quoi néanmoins ils ont recours, quand les plus beaux et principaux moyens de  l'art leur manquent. Je ne veux point blâmer, quoi que je dis, ceux qui sont curieux et qui font profession de proportionner justement et délicatement la bride, selon les parties et qualités de la bouche du cheval, comme j'expliquerai en lieu plus à propos : je loue plutôt leur industrieuse et nécessaire pratique, pourvu qu'elle soit guidée par un bon jugement et qu'ils n'appliquent leur artifice que lorsque le cheval saura obéir selon sa capacité avec un canon ordinaire, tel qu'il vous est ici représenté. Car enfin, il faut considérer que l'homme même, qui est capable de raison, ne peut bien faire sans beaucoup de difficultés, ce qu'il n'a jamais fait ni entendu. C'est donc erreur d'y penser contraindre soudainement un animal irraisonnable." (édition de 1610, p. 18, §2)

Dans la préface du Troisième livre des Préceptes traictant des moyens propres à emboucher le cheval La Broue tire les conclusions de ce qu‘il avait appris de Pignatelli :

« Si telles choses étaient faisables nous dresserions les chevaux et les hommes avec beaucoup moins de temps et de peine, sans partir de la boutique de l’éperonnier, en ordonnant des mors qui eussent cette propriété miraculeuse, d’apprendre en un instant à l’homme et au cheval, ce qu’ils n’auraient encore sue et même ce qui serait hors de leur capacité naturelle. »

Toute ces idées se retrouvent reformulée avec clartée dans le chapitre VI de l’Ecole de Cavalerie.

Le mors à la Pignatel restera en usage chez nous pendant de longues années.

Soixante dix ans après la parution du livre de La Broue, Jacques de Solleysel (1617-1680) Ecuyer ordinaire de la Grande Ecurie du Roi, indique dans Le parfait maréchal, (1ère édition 1664) l’évolution amorcée depuis. Bien que l’on y trouve encore l’idée que le mors peut servir à palier les défauts de construction du cheval, ce n’est que par une action indirecte sur le palais et non pas directement sur la charpente comme ce peut être le cas, par exemple, dans l’emploi des fausses rênes attachées à la bride et à l’arçon que Fiaschi  réprouvait déjà.

« Le second usage (du trébuchet) est pour les encolures fausses, renversées, et ganaches serrées, auxquelles si vous donnez une branche hardie, avec l’oeil haut pour les ramener, vous les mettez dans le désespoir par la trop grande contrainte, puisque la nature s’oppose à l’obéissance que vous leur demandez : il faut donc voir recours à quelque chose qui puisse leur chatouiller le palais sans les fâcher, ce trébuchet est destiné pour cela ; il l’importunera seulement avec cette roue qui est en haut, et le cheval pour se défaire de cette importunité, baissera le nez, et viendra chercher l’appui, qui est ce que nous demandons ; ainsi on obtiendra sans se fâcher et asns violence, le but qu’on s’était proposé, qui était de lui placer la tête au plus belle endroit où on la puisse avoir. » (Solleysel, édition de 1775, p. 336 §5)

Le simple canon (encore adouci par la brisure) dont parle Solleysel correspond à ce qu’indique La Guérinière.

« La plus douce et la meilleure de toutes les embouchures est un simple canon qu’on appelle un canon à couplet ; plus il sera gros près du fonceau, plus il sera doux, car il sera moins capable de contraindre un cheval.
Dans les écoles bien réglées on ne voit peu ou point d’autres Brides, elles conservent toujours la bouche aux chevaux saine et entière ; et quoique la langue en supporte tout l’effort, la partie n’est pas si sensible que les barres, lesquelles ont ce sentiment si fin, qu’au travers de la langue elles sentent la compression du mors, et rendent l’obéissance au moindre mouvement de la main. Si donc le mors appuyait sur les barres, ce serait le moyen de bientôt désespérer une bouche. Enfin il faut tenir pour une maxime assurée que tout autant qu’on le peut donner, c’est-à-dire que si on peut retirer d’un cheval toute l’obéissance dont il est capable avec un simple canon, c’est en vain qu’on se peinera de lui donner une autre Bride, car celle-ci est la meilleure de toutes. » (Solleysel, édition de 1775, p. 315, §3 et 4)

Il rappelle ainsi d’une part que l’objectif des écuyers est de tendre à employer le moins de contrainte possible vis-à-vis du cheval, et d’autre part que le mors ne doit pas agir sur les barres mais seulement sur la langue. Ceci restera la marque de notre équitation jusqu’au XXe siècle ; Etienne Beudant écrit : « Lorsque dans la bouche entrouverte , la langue goûte le frôlement du mors, impressionné par le seul poids des rênes, c’est, quelque soit la position de tête de l’animal, l’harmonie, l’accord parfait des forces du cheval et de son cavalier... ».  La remarque de solleysel est donc particulièrement intéressante à relever. Elle indique bien l’évolution en cours qui amène à l’époque de La Guérinière à l’adjonction à la bride du filet qui remplace ainsi le caveçon dans la première période du dressage du cheval. Cette adjonction n’apparaît pas sur les gravures de l’Ecole de Cavalerie, alors qu’elle est bien visible sur le portrait équestre de Nestier. L’usage du filet employé seul sera déjà préféré par d’Auvergne et Baucher, après avoir imaginé un mors de bride sans gourmette, inventera un mors de filet bien connu qui sera le seul mors avec lequel il dressera entièrement ses derniers chevaux. « Le bridon, c’est si beau » dit-il au général L’Hotte en 1873 sur son lit de mort.

Une autre remarque porte sur l’évolution des branches du mors. Dans le mors à la Nestier, elles sont très courtes et l’on peut estimer qu’elles correspondent à la norme actuelle. La Guérinière réprouve la diminution de cette longueur en arguant que l’action de la main est alors transmise trop rapidement et par conséquent d’une manière brusque par rapport à ce qu’elle peut être avec des branches plus longues.

 Elles étaient flasques du temps de La Broue et Pluvinel, mais avec des embouchures qu’il juge sévères pour compenser leur mollesse. Solleysel estime qu’il vaut mieux des branches hardies avec une embouchure douce.

« Du temps de Monsieur de la Broue et de Monsieur de Pluvinel, on n’était pas si circonspect pour ne pas donner des brides rudes aux chevaux ; car on voyait en ce temps là dans les Manèges, des poires, des balottes, des melons et même des genettes ; ces messieurs ne manquaient point d’art pour tenir les chevaux dans le respect avec les bonnes leçons ; mais leurs branches étaient si flasques, qu’ils étaient contraint d’avoir ces embouchures rudes, pour tenir un peu les chevaux dans la sujétion ; mais à présent on a changé de méthode, car on a abandonné toutes ces branches flasques, comme étant trop faibles pour produire aucun bon effet, et on a fait des branches hardies avec des embouchures douces. » (Solleysel, édition de 1775, p. 334, § 4)

Il apparaît ainsi dans cette courte étude que La Guérinière a su reformulé le savoir de ses prédécesseurs, en tirer le meilleur parti. « Je me borne donc dans mon travail à développer, autant qu’il m’a été possible, le vrai, le simple et l’utile de cet art… » écrit-il dans sa préface.
 
Patrice Franchet d’Espèrey

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