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par Giancarlo Mazzoleni*
La redécouverte de Platon et des atomistes présocratiques fut à l’origine d’un mouvement naturaliste qui s’affirma dans toutes les cours italiennes de la Renaissance et conduisit plusieurs intellectuels au refus de l’anthropocentrisme et à une attention affirmée portée à la nature et au monde animal. C’est alors que commencèrent à circuler deux écrits de Xénophon sur l’équitation : Perì ippixñs et Ipparxikòs. Ces deux textes provoquèrent dans les cénacles de l’époque d’intéressants débats sur le thème de l’équitation qui aboutirent à une nouvelle vision du rapport entre l’homme et le cheval :
Le cavalier ne doit être ni trop dur ni trop respectueux. Et le juste milieu a toujours été loué. Le proverbe dit que les chiens et les chevaux sont conformes à leur dressage. Et les chevaux d’Italie doivent être domptés plus avec douceur qu’avec âpreté, même si le cheval doit être soumis à l’homme et non le contraire parce que c’est pour cela qu’il a été créé [Ferdinand d’Aragon à César Borgia][1].
Parmi les protagonistes les plus importants de l’époque se distinguent le roi de Naples, Ferdinand d’Aragon, et les humanistes Giovanni Corte de Pavie et Baldassarre Castiglione qui avaient comme principal objet d’étude le cheval et son utilisation. La discussion se porta sur les différentes races et leur emploi : guerre, parade, manège et course, et en particulier leur dressage qui, d’après eux, devait prendre en considération non seulement la structure morphologique, mais aussi le caractère de l’animal.
Ferdinand d’Aragon soutenait l’impossibilité d’un entraînement égal pour tous, affirmant que chaque cheval ne pouvait s’accorder qu’à un seul cavalier qui devait avoir des caractéristiques physiques et psychologiques différentes selon l’animal. Dans ses lettres, il souligne souvent que « ogni cavallo dee hauere il suo cavaliere » (chaque cheval doit avoir son cavalier).
Ferdinand d’Aragon était très généreux, aussi envoyait-il souvent en cadeau à ses pairs chevaux et écuyers, tant et si bien que l’équitation peut être considérée comme une partie importante des relations diplomatiques de l’époque. Ainsi, en envoyant un poulain au roi de Hongrie, il l’accompagne de cette lettre :
L’écuyer doit reconnaître avec discernement les qualités et la bouche du cheval, parce que, s’il s’agit d’une bouche douce, il doit la respecter en utilisant non seulement une embouchure appropriée, mais aussi une main qui, de même, ne doit pas être trop dure (…) J’avise de ne jamais changer la bride que [le cheval] accepte, parce que bien des fois lorsqu’on fait des changements il ne le comprend pas (…) quand vous commencerez à mener le poulain par la bride seule, sans le caveçon, s’il a trop de ma avec la bridel, qu’on lui mette un simple canon (…) qui ne lui fasse pas mal à la bouche et quand il sera devenu un cheval fait, qu’on lui change la bride pour un bon mors adapté à la nature de sa bouche[2].
Et dans une lettre au duc de Ferrare, il écrit :
Et s’il vous fait quelque désobéissance quand sera trop fatigué, il en tiendra a vous de l’envoyer se reposer ; et s’il s’avère que le cheval est ombrageux et qu’il faille plus de conviction pour le plier et le vaincre, vous devrez savoir juger d’où en vient la raison, s’il est fatigué ou il s’agit de malice, ou si son hostilité est provoquée par son embouchure, ou plutôt par l’impatience ou l’ignorance de celui qui le soigne ou le monte[3].
Ses correspondants lui demandaient souvent des conseils, comme dans le cas du marquis de Mantoue, auquel il répond :
Pour répondre ici à ce que vous m’avez demandé, c'est-à-dire, s’il est nécessaire qu’un cheval bien dressé doive obéir aussi bien à la jambe qu’à la main comme si, sans l’action répétée de la main ou de la jambe, on ne pouvait diriger toutes les opérations décidées par le cavalier ; alors que vous avez par ailleurs vu évoluer des chevaux sans aucune aide avec les jambes fermes du cavalier qui paraissaient immobiles, et encore d’autres qui ont très bien guidé leur cheval sans l’aide de leurs jambes. Aussi en fonction de mon savoir et dans la logique de notre raisonnement, je vous répondrais qu’étant donné la fonction de la main qui est de guider les épaules, celle des jambes de guider les hanches, la distance qui existe des épaules aux hanches et enfin le fait que celles-ci soient des parties opposées, on arrivera avec l’art du dressage à faire en sorte que le cheval opère avec une parfaite synchronisation des membres antérieurs et postérieurs. Mais il est vrai aussi que, une fois que le cheval est dressé et qu’il comprend toutes les aides, il faut monter sans leur aide, mais cela est école pour Princes[4].
L’argument du « bien monter » fait, à juste titre, partie de la recherche du Beau qui imprégna la culture de la Renaissance, comme l’exprime dans le premier livre de son célèbre Courtisan Baldassarre Castiglione, grand connaisseur de chevaux et d’art équestre, d’abord ambassadeur du marquis de Mantoue et du duc d’Urbino, puis nonce apostolique auprès de Charles Quint :
Je veux que notre courtisan soit un parfait cavalier dans toutes les manières de monter, et outre la connaissance des chevaux et de ce qu’il faut aux cavaliers, qu’il mette du soin et de la diligence à dépasser un peu les autres en toutes choses de façon qu’il soit toujours reconnu parmi tous comme le meilleur (…) puisque la gloire particulière des Italiens est de bien monter avec la bride, de manier habilement les chevaux, principalement ceux qui sont difficiles, de combattre avec la lance et de jouter (…) mais surtout qu’il accompagne tous ses mouvements d’un certain bon jugement et de grâce, s’il veut mériter cette faveur universelle qui est si appréciée[5].
Les observations et les réflexions contenues dans tous ces textes préludent à ce qui se produira au cours du XVIe siècle lorsque, grâce à de célèbres écuyers comme Federico Grisone, Cesare Fiaschi et Giovan Battista Pignatelli, l’Italie fut reconnue dans toute Europe comme le berceau de l’art équestre.
Il faut noter que les œuvres de ces grands maîtres s’inscrivent dans le droit fil de la discussion précédente et qu’ils semblent même dépassés par la modernité des lettres citées ci-dessus. En tout cas, l’intérêt des courtisans pour le cheval n’est pas limité à son entraînement pour la guerre ou les joutes, carrousels et tournois. Il embrasse d’autres aspects, notamment la sélection de la race, même dans des buts de divertissement.
A cette époque, en effet, la coutume du palio s’était répandue dans presque toutes les villes italiennes. A l’occasion de ces manifestations, les chevaux, montés sans selle, couraient dans les rues du centre de la ville : “La raison pour laquelle ils courent, je crois [écrit un autre humaniste, Claudio Corte] s’explique non pas tant par l’intention de faire plaisir au peuple avec un beau spectacle, que d’évaluer le plus rapide des chevaux et le plus résistant[6].” Et il continuait : “les barbes qui viennent de l’Afrique et les Syriens sont les plus rapides, de même que les Scythes, mais dans notre Italie, les barbes de l’élevage du duc de Mantoue sont aussi excellents et tous ceux d’Italie les meilleurs[7]”.
Baldassarre Castiglione, précédemment cité, fut lui-même éleveur de chevaux, comme nous pouvons le déduire de sa correspondance familiale. Ainsi il écrit à sa mère le 29 mai 1508 : “Je vous prie de me dire comment se portent mes chevaux, étant donné que désormais ils devraient être tous montés à l’exception de celui qui est né au temps de mon voyage en Angleterre, je vous prie aussi de faire en sorte qu’ils soient bien montés[8]” et, pour le compte du duc de Mantoue Frédéric II Gonzague, il s’occupa plus tard de suivre les corsieri (coursiers) pendant le palio dont il donnait des relations détaillées dans ses lettres au duc. Une passion ardente enflammait les âmes lors de ces palii, à peu près comme, aujourd’hui encore, le palio enflamme l’âme des Siennois.
Dans l’accomplissement de ses fonctions d’ambassadeur de François II Gonzague, père de Frédéric, Baldassarre Castiglione fut le complice inconscient de la création de la race du pur-sang anglais. En 1506 il fut chargé par Guidobaldo de Montefeltre, duc d’Urbino, d’aller en Angleterre pour recevoir de Henry VII l’ordre de la Jarretière en son nom. Guidobaldo, outre qu’il était grand mécène et homme de culture, “ne laissait pas passer un jour sans monter (…) et tout le monde convenait qu’il surpassait en ce domaine tous les princes du temps en agilité et en savoir faire[9]”.
En préparant le long voyage qui devait le conduire outre-Manche, Castiglione donna à François II le conseil de lui confier deux cadeaux pour le roi d’Angleterre afin d’améliorer les relations diplomatiques et de gagner les bonnes grâces de Henry VII : un tableau de Raphaël et un cheval de son élevage. Le cheval choisi fut un étalon bai. Mais le 24 août, alors qu’il faisait étape à Milan Castiglione écrit un message alarmiste parce que l’étalon destiné au roi d’Angleterre était tombé malade : « étant de votre élevage, il me semble que, si je le portais dans le mauvais état dans lequel il se trouve, je ne ferai pas honneur à Votre Excellence»[10]. Le 2 septembre, encore de Milan, il écrit une lettre encore plus affligée :
Quant au bai, il ne faut plus y songer ; à présent qu’il va un peu mieux, et que je reprends mon voyage, je pense le renvoyer à Votre Excellence. Mais il me semble que j’obligerai Votre Excellence si j’emmène avec moi la jument alezane qui est très belle et appartient aussi à votre élevage, car je crois avec elle pouvoir vous faire honneur auprès du le roi d’Angleterre[11].
Baldassare Castiglione arriva en Angleterre le 1er novembre. Peu après, il écrivit à sa mère :
Grâce à Dieu, j’arrivai sain et sauf à Londres, capitale de l’Angleterre, très honorablement accompagné. Et au bout de deux jours, ayant été appelé, je me rendis devant S. M. qui m’accueillit avec beaucoup d’honneur et de caresses, et chaque jour il en rajoute encore. Il fut très satisfait des cadeaux que je lui avais portés, en particulier de la jument[12].
Ainsi la jument grise élevée par François II Gonzague fut le cadeau le plus apprécié de Henry VII qui, après la Guerre des deux Roses, avait eu d’énormes pertes en chevaux dans toute l’Angleterre. On sait que, les années suivantes, il importa d’Italie un grand nombre de chevaux de valeur pour relever ses élevages.
A
Rome, le 23
février 1521, Castiglione écrivit au Federico II marquis
de Mantoue
Le dimanche, on courut pour les palii, où les chevaux de Votre Excellence furent extrêmement malchanceux. Je commandai à Zuccone, qui était l’entraîneur des barbes, de mettre les deux chevaux au premier palio, de manière que, s’il arrivait un malheur à l’un, l’autre le supplée. Et il en fit ainsi. Au départ le gris de Votre Excellence était devant tous, jusqu’à la moitié du Campo dei Fiori, et le l’alezan était deuxième. Mais comme Zuccone avait commandé au garçon, pour ne pas tomber, d’être prudent jusqu’à la dernière ligne droite du bourg, le garçon laissa passer le cheval du cardinal Petrucci (…) Quand il fut au virage de la Chiavega, le garçon tomba par pure malchance, sans que personne ne le touche (… ) Quand les chevaux arrivèrent au pont, l’alezan était troisième, et sans doute il aurait dépassé tous les autres, mais dans le tumulte, il se trouva un cavalier masqué à cheval au milieu de la route sur lequel l’alezan donna du poitrail, qui le fit trébucher et tomber, et le garçon tomba lourdement à terre, de sorte qu’il n’est pas encore remis (…) A la course des juments, celle de Votre Excellence se mit d’abord en tête devant celle de l’archevêque de Nicosie, et elles continuèrent ainsi. Quand elles arrivèrent au du Borgo, votre jument lui avait pris un tel avantage que, lorsqu’elle fut sur le point de toucher le palio, la jument de Nicosie n’était pas encore à la fontaine ; mais lorsque le page fut sur le point de toucher le palio, un arbalétrier s’interposa entre le palio et la jument, de sorte que le page ne put le toucher, et à cet instant arriva la jument de Nicosie qui le toucha et reçut le palio. J’étais dans le Castello, et je ne pus comprendre ce qui s’était passé, jusqu’au retour du messager que j’avais envoyé. Les palii [drapeaux peints, prix de la victoire] furent portés devant Notre Seigneur et là arrivèrent le gouverneur et le sénateur auprès desquels je protestai durement en présence du pape, et il n’y avait personne qui ne reconnaisse qu’il ne se fut agi de tromperie. J’étais décidé à réclamer le palio de toutes façons, mais le gouverneur dit au pape que la raison voulait que le palio soit donné à celui qui l’avait touché, mais que celui qui avait provoqué la tromperie devait en payer un de la même sorte. Après beaucoup de palabre, l’arbalétrier fut mis en prison, et y est encore, et le sénateur et le gouverneur m’ont promis qu’il n’en sortirait pas avant de m’avoir fait un palio de la même sorte que celui dont il m’avait privé. J’aurais préféré qu’il soit pendu, ou du moins qu’il reçoive quatre ou cinq coups de corde, puis qu’il soit immédiatement embarqué dans une galère[13].
Quelques siècles plus tard, en 1940 exactement, nous retrouvons la jument que Castiglione avait donnée au roi d’Angleterre. Ce fut Federico Tesio, sans doute le plus grand éleveur de pur-sangs en Italie, parfois considéré comme le plus grand en Europe pour avoir élevé Nearco et Ribot, qui l’a remis en mémoire dans une conférence à Turin.
Au XVIIe siècle, un certain Mr. Pick chercha à établir les généalogies des chevaux adaptés à la course, tous ou presque tous d’origine orientale, et il arriva dans certains cas à remonter aux premières années du XVIe siècle. Mais ce fut M. Weatherby qui, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, rédigea le Livre des Généalogies, premier Stud Book du pur-sang anglais et reconstruisit les différentes familles jusqu’à la contribution donnée par la jument de Gonzague et celles de la duchesse Catherine de Savoie.
Si les dynasties issues de ces dernières ont peu à peu disparu, celle originaire de l’élevage du duc de Mantoue était bien vivante au temps de Federico Tesio et son descendant Jenny Hampton, importé par lui, a produit Pharis II, vainqueur du Grand Prix de Paris, Blue Peter et Grafito, vainqueurs du Derby anglais. La dynastie portant le numéro 20 est encore aujourd’hui bien vivante et à même de produire des chevaux capables de remporter les plus importantes courses classiques dans le monde entier. Le Stud Book en reconstruit entièrement la descendance, en ligne féminine, depuis 1715.
Tout cela pourrait nous donner à penser que le lien avec notre poulinière du XVIe siècle n’est qu’une hypothèse. Mais ce n’est pas le cas, comme le démontre une récente recherche scientifique publiée en août 2002 dans Animal Genetics. Emmeline Hill et ses collaborateurs du Smurfit Institute of Genetics du Trinity College de Dublin, ont publié un essai intitulé History and Integrity of Thoroughbred Dam Lines Revealed in Equine mtDNA Variation, contribution fondamentale à l’histoire du pur-sang, dans laquelle ils font remonter l’origine de la famille 20 à la poulinière exportée en Angleterre par Baldassarre Castiglione.
Les documents et les événements mentionnés ci-dessus nous amènent à deux conclusions. La première est que le débat aujourd’hui renouvelé par les « nuovi maestri » (nouveaux maîtres) sur la façon douce de dresser les chevaux est argument ancien et trouve ses racines dans les lettres de Ferdinand d’Aragon. La seconde est qu’aujourd’hui encore, sur les hippodromes, les vainqueurs sont les descendants de ces chevaux qui faisaient l’orgueil de l’Italie de la Renaissance. Tout cela nous permet de suggérer que, dans le monde du cheval, le temps reste une chose relative.
*
Remerciements à l’éditeur Riccardo Bassani, qui a
contribué à l’apport des
documents cités dans cet article, et à Madame Grazia
Odorizzi pour la
traduction.
[1]« Il
Cavalcatore non vuol’ essere troppo aspro, o troppo pietoso ; e la
mediocrità sempre fu lodata. E’ proverbio; che Cani, e Cavalli
sono conforme si
operano. E li Cavalli d’Italia più si domano con la dolcezza,
che con
l’asprezza; dovendo però il Cavallo, conforme a tal fine fu
creato, esser
sottoposto all’uomo, e non l’uomo al Cavallo” Archivio di Stato di Firenze,
Strozziano, I, FI, 351 (lettres de B. Castiglione)
[2]
« Deve il Cavalcatore con tutta prudenza conoscere, e
qualità, e bocca del
Cavallo ; perché se sarà dolce di bocca lo deve
trattar secondo la sua
natura, e qualità, con imboccatura dolce, e con la
corrispondenza della mano,
che non sia molto aspra, …..con avvertire di non mutare mai quella
briglia, che
intende, perché molte volte per fare dette mutazioni non le
intende…..quando il
polletro s’incomincia a guidare con la briglia sola, senza il
capezzone, ; e se
vedi che farà troppa fatica con la briglia, li metta un canone
svenato…..che
non facci male alla bocca del Cavallo; quando il medesimo sarà
già Cavallo
fatto, mutateli la briglia, con ponerli una buon’imboccatura, secondo
la
natura, o bocca che aveva”.Biblioteca
Apostolica Vaticana, cod. Barberiniano Latino 4927 (Lettres de
Ferdinand d’Aragon,
roi de Naples à divers princes chrétiens)
[3] « E se vi farà qualche disubbidienza quando si
trovasse stracco, o troppo faticato ; il giudizio venga da voi,
mandandolo
a riposarsi ; e se ciò procedesse da essere il Cavallo
froscio, e
pigliasse più credenze, per torcerle, e vincerle, si
dovrà con buon giudizio
considerar bene, da dove viene la cagione, se è fiacchezza, o
malizia, o se
procedesse dalla imboccatura, o veramente dalla impazienza, o ignoranza
di chi
lo regge, o cavalca » Biblioteca
Apostolica Vaticana cod. Barberiniano Latino 5764
[4] « Qui mi conviene dichiarare, di quanto mi avete
dato motivo, col
dimandarmi, se è necessario, che un cavallo ben disciplinato,
debba ubbidire
così alla gamba, come alla mano, quasi che con l’agiuto
repettivamente o della
mano, o della gamba non si possa guidare in tutte le operazioni,
secondo la
volontà del Cavaliere ; e che abbiate anco veduto far
andare Cavalli senza
alcuno agiuto, e con le gambe ferme, che parevano immobili; ed abbiate
anco
veduto altri, li quali hanno molto bene fatto andare un Cavallo, e non
si
potevano servire dell’agiuto delle gambe. Allora, e per intelligenza, e
continuazione del nostro ragionamento vi risponderò; che essendo
propria opera
della mano il guidare le spalle del Cavallo, così ancora delle
gambe è proprio
il far portare l’anghe, e per la distanza che vi è dalle spalle
all’anghe, e
per essere parti opposte, si viene coll’arte ad operare, sì che
il cavallo
faccia azione buona in un’istesso tempo contrario; però è
necessaria
l’operazione dell’una, e dell’altra, e che il Cavallo ambedue secondo
li moti
l’intenda, siccome potrete facilmente dalli effetti propri comprendere.
Vero è, che essendo poi fatto il Cavallo,
che
intenda tutti li agiuti, evada con facilità senza quelli, e
proprio maneggio,
ed è scuola per Prencipi.” Archivio di Stato di Mantova,
Castigl. II, Bs. 6 (lettres de B.
Castiglione).
[5] B. Castiglione, Le Livre du Courtisan,
trad. Alain Pons, Flammarion, 1987, p. 48.
[6] « La causa perché si corrano creo che sia noto che non tanto per dar piacere al popolo con bellissimo spettacolo quanto per far prova qual più dei cavalli uguaglia in velocità e qual più resista al corso. » (Claudio Corte, Il cavallerizzo, Ziletti, Venezia, 1573).
[7] «I Barberi, quelli che vengono d’Africa, e i
Soriani anco sono velocissimi e quelli di Scithia. Ma nella nostra
Italia
quelli Barberi della razza del Duca di Mantova sono anco
eccellentissimi e
tutti quelli d’Italia i migliori ». Biblioteca Apostolica Vaticana
Cod. Vaticano Latino 8207, (lettres de B. Castiglione)
[8] “Prego la M.V. mi voglia avvisare come stanno i
miei cavalli, e perchè hormai tutti sono da esser cavalcati,
execto quello che
nacque quando io andai in Inghilterra, la prego a operare, se gli
è possibile,
che sieno ben cavalcati.”) Biblioteca
Apostolica Vaticana
Cod. Vaticano Latino, 8208, (lettres de B. Castiglione
[9] « non lasciava trascorrer giorno senza che
non cavalcasse (…) e tutti unanimi acccordavansi in affermare ch’egli
sovrastasse in quell’età a tutt’i i Principi de’ nostri tempi
(…) in agilità et
in perizia di cavalcare. » Biblioteca Apostolica Vaticana, Cod.
Vaticano Latino 8209, (lettres de
B. Castiglione).
[10] « …Set essendo de la razza de Vostra ex.tia,
me pareria, conducendolo in là mal condicionato, de non far
quello honore a
quella… » Biblioteca
Apostolica Vaticana, Cod. Vaticano Latino 8210, (lettres de B.
Castiglione).
[11] « Del caso del baio non c’è pensare :
hora che l’è qualche poco megliorato, et io mi parto de qui, per
el viaggio
mio, mi è parso inviarlo a la Ex.tia Vostra. Ma mi par fare cosa
gradita alla
Vostra Ex.tia di menar meco la cavalla saura che è bellissima et
anch’essa de
la razza de la Ex.tia Vostra. Set con quella penso poterla honorare
grandissimamente
presso il re d’Inghiltera » Biblioteca Apostolica Vaticana,
Cod. Vaticano Latino 9063, (lettres de
B. Castiglione).
[12] « io gionsi qui in Londra, ch’è el capo de
Inghilterra, sano e salvo, per Dio gratia, accompagnato
honoratissimamente. E
qui restato dui giorni, chiamato, andai a la Sacra M.tà del Re,
che me ha fatto
grandissimo honore, e careze, et ogni zorno fa di più. E fu
molto satisfato per
li doni che io portai, et specialmente per la cavalla »Biblioteca Apostolica Vaticana,
Cod. Vaticano Latino, 9065 (lettres de B. Castiglione).
[13]
« La domenica se corsero li Palij, nelli quali li cavalli di
Vostra Ex.
furono desaventuratissimi. Io ordinai a Zuccone che era il
barbarescadore, che
mettesse tutti doi li cavalli al primo palio, acciocché se ad
uno intervenisse
disgratia, l’altro supplisse. Et così fece. Al moversi dalle
mosse il
serpentino di Vostra Ex. passò nanti a tutti gli altri
più della metà di piazza
di Campo di Fiore, et il sauro fu secondo. Ma perché Zuccone
havea ordinato al
ragazzo che per non cascare andasse sopra di sé, fin che
giongeva alla
dirittura del Borgo, il ragazzo i lassò passare ad un altro
cavallo del
cardinale Petrucci….quando fu alla volta della chiavega, il ragazzo
cadde per
vera disgratia, senza che alcuno lo toccasse…..Quando si fu al ponte,
il sauro
era terzo, et senza dubio alcuno andava a passar tutti, ma nel rumore
se trovò
una maschera a cavallo in meggio alla strada, alla quale il sauro diede
di
petto, et andò a strabuccare, et cadde, et il ragazzo diede una
gran percossa
in terra, di modo che ancor non sta bene… Al corso delle cavalle quella
di
Vostra Ex.tia subito se mise inanti, e quella dello Arcivescovo de
Nicosia era
seconda, et così vennero sempre. Quando forno a dirittura del
Borgo, quella di
Vostra Ex. li prese tanto vantaggio che, quando era al palio, quella di
Nicosia
non era ancora alla fontana, et quando il paggio fu per tocare il
palio, un
balestriere se interpose tra il palio e la cavalla, tanto che’l paggio
non poté
tocarlo, e sopragiunse quella di Nicosia e toccò, et fulli dato
il palio. Io
ero in Castello, et non poddi intendere la cosa, finché el messo
ch’io mandai
non tornò. Li palij forno portati a Nostro Signore, et lì
venne il Governatore
et il Senatore, con li quali molto parlai et gridai nanti al Papa, et
niuno di
loro era che negasse che non ci fosse stato grandissimo torto. Io era
deliberato in ogni modo di volere el palio, ma el Governatore disse al
Papa che
la rason voleva che’l palio si desse a quello che havea tocco, ma che
colui che
havea impedito, ne pagasse uno della medesima sorte. Doppo molte parole
quel
ballestrero fu messo in pregione, et èvvi ancor, et el Senatore
et el
Governatore mi hanno promesso che’l non si partirà di là
prima che’l farà un
palio a ponto, come quello che l’ha impedito. Io desideravo più
che’l fosse
impicato, o almeno quattro o cinque tratti di corda, e subito poi fosse
messo
in galea. » Biblioteca
Apostolica Vaticana, Cod. Urbinate Latino 1766 (lettres de
B. Castiglione)
Sources et Bibliographie
Sources manuscrites
Biblioteca Apostolica Vaticana, cod. Barberiniano Latino 4927 (Lettres
de Ferdinand
d’Aragon, roi de Naples à divers princes
chrétiens) ; cod. Barberiniano
Latino 5764, Cod.
Urbinate Latino 1766, Cod. Vaticano Latino 8207, 8208, 8209, 8210,
9063, 9065
(lettres de B. Castiglione).
Archivio di Stato di Firenze, Strozziano, I,
FI, 351
(lettres de B. Castiglione) .
Archivio di Stato di Mantova, Castigl. II, Bs. 6
(lettres de B. Castiglione).
Bibliographie
Baldassarre Castiglione,
Il libro del cortegiano, Rizzoli,
Milano.
Jacob Burkhardt,
La civiltà del Rinascimento in Italia,
Sensoni, Firenze, 1968.
Pasquale Caracciolo,
La gloria del cavallo, Giolito,
Venezia, 1567.
Eric Cochrane, L’Italia
del Cinquecento, Laterza, Bari, 1989.
Giancarlo Malacarne,
Il mito dei cavalli gonzagheschi,
Promoprint, Verona, 1995.
Giovan Battista Ferraro,
Delle razze, disciplina del cavalcare et
altre cose pertinenti ad esertitio così fatto, Matteo
Cancer, Napoli, 1560.
Claudio Corte,
Il cavallerizzo, Ziletti, Venezia,
1573.
Senofonte (Xenophon), L’ipparco, ed. it.
Edizioni Equestri, Milano, 1990.
Senofonte (Xenophon), Sull’equitazione, ed. it.
Edizioni Equestri, Milano, 1990.